Le Corou de Berra doit se produire au Marché des Saveurs, mais en cette soirée du 16 août, qui a pris toutes les couleurs d'un 16 octobre, le lieu s'avère décidément trop froid, humide en diable. Le ciel se fait gris, les participants le sont un peu aussi, mais l'ensemble ne peut se produire aux quatre vents, même avec sa chaleur légendaire. On ne lutte pas ainsi contre les pluies traversières. Le concert a donc été annulé…Mais…,et il ne faut pas le dire, il a migré vers l'Eglise de la Gaude.

Grand bien lui a fait, pour la chaleur, l'acoustique et l'humour, la bonne humeur.
Et pour le bonheur complet du public.
La voix et les gestes sont aussitôt saisis en relief en ce lieu, comme éclairés par le bas, près de l'autel ; la nef centrale est plongée dans la pénombre. Les voix vont irradier. En ce lieu sacré et populaire la polyphonie, la polyphoNice, prend forme et occupe toute sa place.
Alors que les techniciens remballent le matériel, sur la place du bas, dans l'Eglise les membres du chœur se donnent à fond, a cappella, dans une sorte de concert " Bio ".
On va tout de suite à l'essentiel, ce sera fait, dit, chanté. " Nissa la bella " sonne avec finesse, en subtilité. Le chant charrie les collines, le ciel d'azur, les quartiers. Un art de vivre, tout simplement. Et les Anciens revivent, viennent prendre place avec leur joie et ce goût du bonheur qui nous fait chavirer. Ma grand-mère me chante les dimanches radieux des tonnelles ; elle en jubile encore dans la magie du temps aboli par la tension des cordes vocales.
Le concert de ce " corou " est un ballet de voix, elles se disjoignent en apparence, pour mieux s'accorder, se réunir, s'harmoniser. Le tout s'accomplit dans l'ampleur des gestes et la grâce des mains. Sur scène, un partage scandé. Avec la salle un partage des scansions. De tels instants s'appellent communion. Les contraires s'unissent : âpreté et douceur, solo et chœur, tout fusionne dans la plénitude du Sud. S'élève avec ferveur un magnificat interprété avec ardeur. La douceur y répond, comme un écho formulé sous les voûtes de l'accueillante Eglise, ces voûtes qui se rejoignent, comme les notes, en leur clé centrale. Jésus trébuche sur son chemin de croix. La mélodie s'adresse à la peinture. Misericordia et Gloria.
Le message redevient terrestre, par le pouvoir d'une chanson conçue après 14-18, le village de Belvédère en résonne encore : " la guerre est une boucherie, ne tuons plus nos frères ".

Soudain s'interrompt le chant a cappella, un saxo s'invite. Le terme est juste. Il est reçu comme un convive et va régaler ses hôtes, comme une voix venue d'ailleurs… de quelles profondeurs ? Voix nouvelle et néanmoins familière. Sa présence va notamment galvaniser l'énergie italienne de la dernière interprétation, faite d'éclatantes sonorités et d'une radieuse gestuelle.
Une soirée de grand bonheur, rendant aux langues de ce Sud que l'on dit souvent perdu leur splendeur. Une soirée en forme d'oratorio, déchirant le mur de pluie, donnant un soleil à la nuit.
Yves Ughes


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